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Hawaï II

C’est la maison de vacances. Maisonnette, plutôt. Petite et toujours bien remplie. On se marchait dessus mais je crois qu’on aimait bien ça. Tous ensembles, réunis, une fois par an, à la même période, pour passer notre temps à aller à la plage, se baigner, revenir et se rincer les pieds plein de sable dans un grand seau d’eau froide, se laver les cheveux blondis et les laisser sécher à l’air libre, prendre l’apéro, faire comme les grands, boire une grenadine ou une menthe à l’eau, écouter les discussions et sentir l’odeur de la fumée de cigarette, du barbecue qui commence à prendre feu et voir ma grand-mère agiter une pelle en plastique pour faire prendre la braise. Depuis toujours, je suis fascinée par ce geste vif. Je me souviens avoir peur qu’elle se brûle et du retour de flamme. Une histoire racontée qui m’a traumatisée. Je crois que quelques fois elle soufflait sur le petit barbecue et je lui criais d’arrêter. Une fois les viandes cuites, je pouvais enfin profiter. Les repas commençaient sous un soleil couchant encore très chaud, on devait mettre le parasol pour rester au frais après notre douche. Ils se terminaient avec des petites lampes et de la citronnelle sur la table pour éloigner les moustiques.

 

Tout avait l’air lent et long. Les journées se ressemblaient et nous faisaient du bien. On n’avait surtout pas envie de rentrer et de laisser derrière nous nos souvenirs, ni d’attendre un an avant de pouvoir en recréer de nouveaux. Le temps était bon, les amis toujours les mêmes, les voisins aussi. D’années en années, le rendez-vous était pris, tacitement, on ne connaissait pas les dates des uns et des autres mais on guettait leur arrivée. Et puis, un jour, la maisonnette voisine, celle de l’amoureux d’été, avait les volets ouverts. Il était là et les vacances prenaient un autre tournant, le début de la romance sans se le dire, les lettres d’amour pleines de fautes, les rires moqueurs de mon père et de mon frère. 

 

Je veux ne jamais oublier le souffle soulagé de ma grand-mère quand elle entrait dans la mer, les traces laissées par les lunettes de soleil qui encadraient le visage de mon père, les beaux maillots de bain de ma mère que je rêvais de pouvoir porter, signe de ma poitrine qui commençait à pousser, les glaces à la menthe et au chocolat (comment ai-je pu aimer ça ?), l’attente de revoir l’amoureux, la tristesse de voir les volets toujours fermés, marque de l'absence, les céréales mangées pour le quatre-heure sur la plage avec mon frère, tous nos jeux, la traversée de la route en courant qui permettait d’accéder beaucoup plus rapidement à la mer, l’odeur du monoï, la balançoire, le ALDI, le port et ses bateaux. 

 

Ces vacances étaient le stéréotype de l’été, un été réussi. Seulement du temps, parfois de l’ennui, un peu d’attente, le goût du sel sur la peau et de l’huile d’olive dans les salades, l’autoroute du Sud, les 10h de conduite de nuit, les Mister Freeze, les calins transpirants, les petits bobos, l’odeur de la manucure, les mouches annonciatrices du mauvais temps, le lac dans lequel on pêchait parfois. 

 

Tous ces souvenirs rendus possibles grâce à cette petite maisonnette, petite mais que je croyais extensible tant elle a accueilli, où on logeait à six ou sept, en famille, pour ne faire que rire, dormir, manger et se reposer. C’était la maisonnette de la résidence Hawaï II. Ca nous faisait beaucoup rire avec mon frère, on était hilare à l’idée de dire à nos camarades de classe qu’on partait à Hawaï. Ce qui n’était pas totalement faux. Immature mais pas faux. Cette maisonnette, tous ces gens autour de moi, la famille, les amis, les voisins, c’est tout ce dont je me souviens. C’est tout ce qu’il me reste de ces étés, et peut-être tout ce que je veux garder.

Impossible d’y retourner.

Armelle

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